Du texte à l’illustration

Stéphane RALLIER • 13 octobre 2026

Du texte à l'illustration

Lorsque j’écris une scène, je vois des gestes, des lieux, des expressions. Pourtant, tout cela reste encore mobile. Puis une illustration arrive : un personnage prend visage, une pièce trouve sa lumière, un regard donne une nuance à la scène. Passer du texte à l’image, c’est découvrir ce qu’un autre regard apporte à l’histoire.


Ce que je vois en écrivant


Un récit commence parfois par une phrase, parfois par une situation. Un enfant hésite à rejoindre les autres. Un chien s’approche. Quelqu’un voudrait parler, mais cherche encore comment commencer.


Pendant l’écriture, je peux imaginer assez précisément certains détails et laisser les autres dans le flou. Je connais la tension d’une scène sans avoir décidé de la couleur des murs. Je sais qu’un personnage baisse les yeux, mais je n’ai pas nécessairement choisi ses vêtements.


Le lecteur fera lui aussi ce travail : il donnera des formes aux mots, en puisant dans son expérience et son imagination.


Dans un livre illustré, une autre personne participe à cette construction. L’illustratrice lit le texte, le comprend à sa manière et propose des images. Ce qui me paraissait évident dans ma tête doit alors parfois être précisé. Une tête d’auteur peut contenir beaucoup de choses ; elle n’est malheureusement pas livrée avec un accès partagé.


Choisir ce qui mérite une image


Toutes les scènes n’ont pas besoin d’être illustrées.


Certains passages vivent très bien par les mots. D’autres gagnent à être montrés : une rencontre importante, une expression difficile à décrire sans alourdir le texte, un lieu qui aide à comprendre la situation.


Le choix ne devrait pas dépendre uniquement de ce qui paraît spectaculaire. Un petit geste peut compter davantage qu’une scène pleine de mouvement.


Dans un récit autour du harcèlement entre pairs, par exemple, la distance entre les personnages peut déjà raconter quelque chose. Qui se tient près de qui ? Qui reste à l’écart ? Vers qui se tourne un regard ?


L’image peut rendre ces relations perceptibles sans qu’un paragraphe vienne expliquer la position de chacun.


Il faut cependant choisir. Si tout est souligné, plus rien ne ressort. Le livre finirait par ressembler à une phrase entièrement surlignée : on comprend l’enthousiasme, beaucoup moins la priorité.


Donner des repères et laisser une place à la création


Pour travailler une illustration, certains éléments du récit doivent être connus : les personnages présents, ce qui vient de se passer, l’atmosphère de la scène, les détails qui auront une importance plus tard.


Ces repères permettent de préserver la cohérence du livre.


Mais il me semble essentiel de laisser aussi une place aux propositions de l’illustratrice. Le cadrage, les couleurs, les attitudes et la composition appartiennent à son travail de création.


Une description trop serrée peut enfermer l’image avant même qu’elle existe. À l’inverse, une indication trop vague peut laisser de côté une information nécessaire à l’histoire.


Tout l’enjeu se trouve dans cet échange : préciser ce qui compte, expliquer pourquoi, puis accepter de découvrir une proposition que l’on n’aurait pas imaginée seul.


Dans Spoutnik et Léa – Ensemble contre le harcèlement scolaire, les illustrations sont réalisées par Stéphanie Cot. Son travail donne une présence visuelle aux personnages et aux situations du récit. Il fait partie de l’expérience de lecture.

Une émotion peut tenir dans un geste


L’illustration offre des possibilités particulièrement intéressantes pour raconter les émotions.


Un visage compte, bien sûr. Mais les épaules, les mains, la posture et la place occupée dans l’image peuvent aussi donner des indices.


Un enfant assis au bord d’un groupe ne raconte pas la même chose selon qu’il regarde les autres, le sol ou la porte. Un personnage qui tend la main laisse percevoir une intention ; celui qui hésite à la prendre apporte une autre nuance.


Il serait pourtant réducteur de transformer ces gestes en dictionnaire : bras croisés, donc colère ; tête baissée, donc tristesse. Une attitude prend son sens dans une situation, avec ce que le texte nous apprend du personnage.


Je souhaite que les images laissent cette possibilité de regarder et de s’interroger. Le lecteur peut remarquer un détail, revenir à la phrase, puis modifier sa première impression.


Quand l’image apporte autre chose que le texte


Le texte et l’illustration peuvent se compléter de plusieurs façons.


Le texte peut raconter ce qu’un personnage pense tandis que l’image montre ce qui se passe autour de lui. Une phrase attire l’attention sur un échange ; le dessin permet de remarquer un témoin en arrière-plan.


Cette complémentarité évite de tout répéter.


Si le texte décrit chaque élément visible et que l’image reproduit exactement la description, le lecteur reçoit deux fois la même information. Cela peut parfois être utile, mais ce n’est pas la seule manière de faire vivre un livre illustré.


J’aime l’idée qu’une image conserve quelque chose à découvrir lors d’une deuxième lecture. Un détail discret peut prendre davantage de sens une fois que l’on connaît la suite de l’histoire.


Reprendre, ajuster, vérifier


Entre une première proposition et une illustration prête à entrer dans le livre, des ajustements peuvent être nécessaires.


Un geste risque d’être compris autrement que prévu. Une expression paraît trop marquée. Un détail contredit une scène précédente. Le personnage semble plus âgé que dans le récit.


Ces échanges demandent de nommer précisément ce qui pose question. « Ça ne va pas » donne assez peu de pistes. Expliquer que l’on souhaite davantage d’hésitation dans une posture, ou moins de tension dans une scène, permet de discuter d’une intention.


Il faut ensuite regarder l’ensemble : les personnages restent-ils reconnaissables ? Les images accompagnent-elles les moments importants ? Quelle place prennent-elles sur la page, à côté du texte ?


Une illustration peut être réussie seule et demander un ajustement dans la mise en page. Le livre se construit aussi dans cette relation entre les images, les mots et les espaces laissés autour.


Une histoire que l’on peut aussi regarder ensemble


Pour les enfants et les adultes qui partagent une lecture, les illustrations offrent des points de départ à la conversation.


« Qu’est-ce que tu remarques dans cette image ? »

« À ton avis, que regarde ce personnage ? »

« Est-ce que tu avais imaginé la scène de cette façon ? »


Ces questions n’exigent pas de trouver une réponse cachée par l’auteur. Elles permettent de comparer des regards.


C’est ce que je trouve précieux dans le passage du texte à l’illustration : l’histoire conserve ses mots, mais elle accueille une autre façon de raconter. Puis le lecteur arrive à son tour, remarque ce qui le touche et fait ses propres rapprochements.


Le livre peut alors quitter la table de travail. Il reste encore beaucoup à y découvrir.


Découvrez le récit illustré Spoutnik et Léa et les aventures de Spoutnik, ainsi que les ressources gratuites pour prolonger la lecture.

Une émotion, plusieurs façons de l’exprimer
par Stéphane RALLIER • 13 octobre 2026
Parler, dessiner, écrire : une émotion peut s’exprimer de plusieurs façons. Des pistes de Stéphane Rallier pour écouter les enfants sans les juger.
Préparer une rencontre d’auteur en classe
par Stéphane RALLIER • 13 octobre 2026
Comment préparer une rencontre d’auteur avec une classe ? Lecture, questions, cadre des échanges et organisation : les repères de Stéphane Rallier.
Ce que la nature apporte à mes récits
par Stéphane RALLIER • 13 octobre 2026
Stéphane Rallier raconte comment la nature, les promenades avec Spoutnik et l’observation du vivant nourrissent ses récits et ses personnages.
Quand les mots viennent après le silence
par Stéphane RALLIER • 13 octobre 2026
Comment écouter un enfant qui peine à parler de ses émotions ? Stéphane Rallier explore la place du silence et des histoires pour ouvrir le dialogue.
Un arbre dont les racines relient une école à son environnement.
par Stéphane Rallier • 3 septembre 2026
Le harcèlement dit scolaire ne naît pas toujours à l’école. Sa prévention exige l’alliance des familles, de l’institution et de la société.
Péniche Papyrus Canal du Midi
par 183:917447290 • 16 juin 2026
Après le burn-out, Papyrus devient plus qu’une péniche : un lieu de souffle, d’écriture et de création pour Les Éditions L’Essor.
Salon du livre de Arzens
3 juin 2026
Stéphane Rallier sera au Salon du Livre d’Arzens le 14 juin pour présenter Spoutnik et Léa, roman jeunesse sur le harcèlement scolaire, avec guide pour adultes.
Quand les enfants parlent avec des mots d’adultes
par 183:917447290 • 5 février 2026
Les mots et comportements des enfants révèlent notre société. Transmission, harcèlement scolaire et responsabilité collective au cœur de cette réflexion.
Parler du harcèlement à un enfant sans dramatiser
par 183:917447290 • 14 juillet 2025
Apprenez à aborder le harcèlement scolaire avec un enfant sans l’angoisser. Conseils concrets, outils doux et ressources à partager en toute confiance.
Pourquoi j’ai écrit Spoutnik et Léa, un livre pour agir
par 183:917447290 • 7 juillet 2025
Inspiré de mon travail en médiation animale, Spoutnik et Léa est un livre qui aide enfants et adultes à comprendre et surmonter le harcèlement scolaire.