De la rive au livre : pourquoi Papyrus devient aussi un lieu d’écriture

183:917447290 • 16 juin 2026

Il y a des lieux où l’on habite.


Et puis il y a des lieux qui nous déplacent intérieurement.


Papyrus fait partie de ceux-là.


Depuis plusieurs mois, une grande partie de mon énergie a été consacrée aux travaux prioritaires sur notre péniche. Ce chantier a demandé du temps, de la patience, quelques jurons discrètement déposés entre deux outils, et une bonne dose d’adaptation. Une péniche, c’est une maison qui flotte, mais c’est aussi une maison qui vous rappelle régulièrement qu’elle a son caractère, son histoire, ses contraintes et parfois son humour.


Avant de pouvoir reprendre pleinement mon activité d’auteur et le développement des Éditions L’Essor, il fallait d’abord rendre ce lieu habitable, cohérent, sécurisé, vivant. Il fallait poser les bases. Non pas pour avoir une maison parfaite — la perfection, cette vieille illusion qui aime tant nous épuiser — mais pour créer un espace suffisamment stable pour pouvoir à nouveau écrire, travailler, penser, respirer.


Aujourd’hui, les travaux prioritaires sont terminés.


Il reste encore beaucoup à faire, bien sûr. Une péniche n’est jamais vraiment “finie”. Elle se transforme, se répare, s’améliore, se négocie. Elle n’entre pas dans la case confortable du logement standardisé, avec notice bien rangée et promesse de tranquillité livrée en kit. Elle demande de l’attention. Elle impose un autre rythme.


Et c’est peut-être précisément pour cela qu’elle me convient.



Après le burn-out, chercher un lieu de souffle


Ce choix de vie n’est pas arrivé par hasard.


Après le burn-out, j’ai compris qu’il ne suffirait pas de “reprendre comme avant”. Cette phrase, que l’on entend parfois avec une naïveté presque administrative, ne veut pas dire grand-chose quand le corps et l’esprit ont envoyé un signal d’alarme suffisamment fort pour vous immobiliser.


On ne revient pas d’un burn-out comme on revient d’un week-end un peu chargé.

On ne reprend pas simplement la route en remettant du carburant dans le moteur.


Il faut parfois changer de route.


Changer de rythme.

Changer de rapport au temps.

Changer de décor aussi, parce que certains lieux nous maintiennent dans d’anciennes versions de nous-mêmes, même quand nous prétendons vouloir avancer.


J’avais besoin d’un lieu qui ne soit pas seulement un toit. J’avais besoin d’un espace de souffle. Un endroit où le matin ne commence pas forcément par la sensation d’être déjà en retard. Un lieu plus proche de l’eau, du vivant, des saisons, de la lumière changeante. Un lieu où le silence n’est pas un vide, mais une présence.


Papyrus devient peu à peu cela.


Une maison.

Un refuge.

Une base de départ.


Un endroit depuis lequel il devient possible de reconstruire autrement, sans confondre reprise d’activité et retour à la course folle.


Pourquoi une péniche ?


Choisir une péniche, ce n’est pas seulement choisir un habitat original.


Ce n’est pas une carte postale permanente avec coucher de soleil inclus dans le contrat. Il y a de la boue, du métal, des câbles, des pompes, des batteries, des fuites potentielles, des amarres à surveiller et cette merveilleuse capacité qu’a l’eau de vous rappeler qu’elle était là avant vous.


Mais il y a aussi autre chose.


Il y a le mouvement possible.


Même à l’arrêt, une péniche garde en elle l’idée du départ. Elle n’est jamais tout à fait immobile. Elle bouge légèrement avec l’eau, avec le vent, avec le passage d’un bateau, avec les variations du canal. Elle enseigne une forme d’équilibre souple. Elle oblige à ne pas tout contrôler.


Et cela, pour quelqu’un qui a longtemps accompagné les autres, puis qui a dû apprendre à s’accompagner lui-même autrement, ce n’est pas anodin.


La péniche nous rapproche aussi du rythme des saisons. Le ciel devient une information. Le vent devient un interlocuteur. La lumière entre différemment selon les heures. Les oiseaux, les berges, les arbres, les passages de promeneurs, les silences du canal composent une sorte de paysage intérieur.


Il y a également la recherche d’autonomie.


Rendre Papyrus plus autonome, ce n’est pas seulement une affaire technique. Ce n’est pas simplement installer, améliorer, raccorder, optimiser. C’est chercher une manière de vivre plus ajustée. Moins dépendante de certains automatismes. Plus attentive aux ressources. Plus consciente de ce que l’on consomme, de ce que l’on produit, de ce que l’on peut réparer.


L’autonomie n’est pas l’isolement.


C’est une liberté responsable.


Une manière de dire : je veux pouvoir avancer, m’arrêter, travailler, écrire, accueillir, rencontrer, sans être constamment prisonnier de contraintes qui ne me ressemblent plus.



Pourquoi Papyrus ?


Le nom de la péniche n’a pas été choisi au hasard.


Papyrus est un ancien nom retrouvé dans les archives du bateau. Avec Sylvie, nous avons choisi de le reprendre, comme on reprend un fil ancien que l’on croyait perdu.


Ce nom m’a immédiatement touché.


Le papyrus est une plante d’eau. Il pousse entre deux mondes, les pieds dans l’humide, dressé vers la lumière. Il évoque les rives, les berges, les zones de passage. Il appartient au vivant, mais il appartient aussi à l’histoire de l’écriture.

Car le papyrus, c’est aussi l’un des premiers supports de transmission.


Avant nos écrans, nos fichiers, nos dossiers numériques et nos notifications qui clignotent comme des lucioles sous caféine, il y eut des fibres assemblées pour porter des mots. Des récits. Des savoirs. Des traces humaines.


Pour un auteur, vivre sur une péniche appelée Papyrus relève presque de la provocation symbolique.


Ou du clin d’œil.

Ou d’une belle ironie du destin.


Je ne vais pas prétendre que tout était écrit. La vie se charge souvent de raturer les plans que nous avions soigneusement préparés. Mais ce nom est devenu une évidence. Il relie l’eau et l’écriture, le mouvement et la mémoire, l’habitat et la transmission.


Papyrus n’est donc pas seulement notre péniche.


C’est un lieu de passage.


Un lieu de création.

Un lieu où les mots peuvent retrouver leur rythme.



Une maison d’édition itinérante


C’est aussi depuis Papyrus que je vais poursuivre le développement des Éditions L’Essor.


Cette maison d’édition naissante n’a pas vocation à devenir une simple étiquette posée sur des livres. Elle porte une intention plus profonde : publier des ouvrages jeunesse et familiaux à visée éducative, émotionnelle et sociétale, avec exigence, respect des créateurs, accessibilité et cohérence.


Je souhaite construire une structure éditoriale à taille humaine.


Pas une machine froide.

Pas une usine à produire du contenu.

Pas un empilement de livres lancés dans le monde comme des bouteilles à la mer, en espérant qu’une vague charitable fasse le service après-vente.


Les Éditions L’Essor ont vocation à défendre des œuvres qui accompagnent, qui ouvrent la parole, qui aident les enfants, les familles et les professionnels à aborder des sujets parfois difficiles sans moralisation ni lourdeur.


Une maison d’édition itinérante, cela peut sembler étrange.


Mais au fond, pourquoi faudrait-il qu’une maison d’édition soit forcément enfermée entre quatre murs fixes ?


L’écriture voyage.


Les histoires circulent.

Les livres passent de main en main.

Les rencontres se font dans les écoles, les médiathèques, les salons, les librairies, les associations, les collectivités.


Papyrus devient alors plus qu’un lieu de vie. Il devient une base éditoriale mobile. Un bureau flottant. Un espace depuis lequel penser, écrire, préparer, relier.


Cette mobilité n’est pas une fuite.


C’est une manière d’être disponible autrement.



Reprendre les projets


Cette nouvelle étape me permet aujourd’hui de revenir plus pleinement à mon activité d’auteur et d’éditeur.


Mon premier livre jeunesse, Spoutnik et Léa – Ensemble contre le harcèlement scolaire, poursuit son chemin. Il s’adresse aux enfants, mais aussi aux adultes qui les accompagnent : parents, enseignants, éducateurs, professionnels de l’enfance ou de l’accompagnement.


Ce livre est né de mon expérience d’ancien thérapeute, de mon travail auprès des enfants, des familles, et de la place si particulière qu’a occupée Spoutnik dans la médiation animale. Il propose une histoire, mais aussi un appui pour ouvrir le dialogue autour du harcèlement scolaire, des émotions, de la confiance et de la résilience.


Je viens également de terminer l’écriture du second tome des aventures de Spoutnik.


Ce nouveau récit aborde le harcèlement scolaire sous un autre angle : celui du harceleur, de la pression de perfection, du besoin de domination, du rôle des témoins et de la responsabilité. Non pas pour excuser les actes, mais pour mieux comprendre les mécanismes qui les rendent possibles.


Les illustrations vont maintenant prendre le relais toujours avec Stéphanie COT..


C’est un moment particulier dans la création d’un livre. Le texte existe, mais il attend encore son visage. Les personnages sont là, mais ils vont bientôt recevoir une présence graphique, une couleur, un regard. C’est une autre forme de naissance.


Dans les mois à venir, je vais également reprendre les démarches auprès des médiathèques, des librairies, des collectivités, des structures jeunesse, des établissements scolaires et des partenaires possibles.


Les interventions autour du harcèlement scolaire, de la parole des enfants et de la résilience vont prendre une place importante dans cette nouvelle étape. Il ne s’agit pas seulement de diffuser un livre, mais de créer des rencontres, des espaces d’échange, des outils concrets.


Parce qu’un livre peut parfois faire ce qu’un discours frontal ne parvient pas à faire.


Il peut ouvrir une porte.


Créer une distance.


Permettre à un enfant de parler de lui à travers un personnage.

Permettre à un adulte d’entendre autrement.

Permettre à une classe, une famille ou un groupe de mettre des mots sur ce qui restait coincé dans les silences.



De la rive au livre


Papyrus n’est donc pas une parenthèse décorative dans mon parcours.


Ce n’est pas une fantaisie nautique ajoutée à une biographie d’auteur pour faire joli dans les présentations.


C’est un choix de vie.


Un choix de rythme.

Un choix de cohérence.


Après le burn-out, il m’a fallu comprendre que créer ne pouvait plus signifier s’épuiser. Que transmettre ne devait pas forcément passer par la surcharge. Que l’engagement auprès des enfants, des familles et des professionnels ne pouvait pas se construire sur ma propre disparition intérieure.


Alors, aujourd’hui, je repars autrement.


Depuis l’eau.

Depuis Papyrus.


Avec Spoutnik, évidemment, qui continue de veiller à sa manière, entre deux observations philosophiques du canal et quelques rappels très sérieux sur l’importance des promenades.


Depuis ce lieu, je vais continuer à écrire.


Continuer à développer Les Éditions L’Essor.

Continuer à porter des histoires qui parlent aux enfants sans leur faire la leçon.

Continuer à créer des supports pour ouvrir la parole, soutenir les adultes, accompagner les émotions et défendre une littérature jeunesse profondément humaine.


De la rive au livre, il n’y avait peut-être qu’un pas.


Ou plutôt une passerelle.


Et aujourd’hui, je commence à la traverser.

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