Ce que la nature apporte à mes récits
Ce que la nature apporte à mes récits.

La nature occupe une place importante dans ma vie. La marche, la pêche et la photographie animalière me donnent des occasions de m’arrêter, d’observer et de laisser mes pensées suivre un autre rythme. Cela nourrit aussi mon écriture : les paysages entrent dans mes récits, mais avec eux viennent des sensations, des questions et une certaine manière de regarder les personnages.
Marcher sans exiger de trouver une idée
Lorsque je pars marcher, notamment avec Spoutnik, je n’emporte pas toujours une question d’écriture à résoudre. Heureusement pour lui : nos promenades deviendraient vite des réunions de travail, avec ordre du jour et compte rendu au retour.
Il y a d’abord le plaisir d’être dehors. Le sol sous les pas, l’air, les bruits qui changent selon les lieux. Spoutnik s’arrête sur une odeur dont je ne saurai jamais rien. Je regarde un arbre, un oiseau, une lumière sur l’eau.
Pendant ce temps, une scène peut revenir à l’esprit. Une phrase se dénoue. Parfois, rien ne vient.
J’essaie de laisser cette possibilité intacte. Une promenade n’a pas à produire un paragraphe pour avoir été utile. Mais elle me permet de revenir au texte avec un peu plus de distance, surtout lorsque je tourne autour des mêmes phrases depuis trop longtemps.
Observer avant d’expliquer
La photographie animalière m’invite à regarder ce qui se passe avant de décider ce que j’aimerais voir.
On peut attendre un mouvement, préparer un cadrage, croire que tout est prêt — puis l’animal part ailleurs. Il n’a manifestement pas lu le scénario.
Cette attention m’intéresse aussi lorsque j’écris. Un personnage gagne à exister à travers ses gestes, ses hésitations, sa façon d’occuper une pièce ou de regarder les autres. Je préfère parfois montrer une main qui froisse une manche plutôt que préciser immédiatement que l’enfant est inquiet.
Le lecteur dispose alors d’un espace pour comprendre, ressentir, peut-être reconnaître quelque chose.
Cela demande de résister à une tentation d’auteur : tout expliquer, de peur que le sens nous échappe. Or une histoire devient vite encombrante si chaque geste arrive accompagné de sa notice.
Des images pour approcher ce qui est difficile à dire
Un arbre, une rivière, un chemin peuvent offrir des images pour parler d’une expérience humaine.
Les racines me font penser à ce qui nous précède et à ce qui nous soutient. Un passage étroit peut évoquer une difficulté. Une branche abîmée peut attirer le regard sur une fragilité que l’on n’avait pas remarquée.
Ces rapprochements nourrissent mon goût pour les métaphores et les allégories. Dans un récit jeunesse, ils permettent d’approcher certaines émotions sans commencer par une définition.
Mais je tiens à laisser les images ouvertes.
Une racine peut représenter un appui ; elle peut aussi empêcher d’avancer lorsqu’on y accroche le pied. Le silence d’une forêt sera reposant pour un personnage et inquiétant pour un autre. Le paysage prend son sens dans une scène, à travers celui qui le traverse.
Je ne voudrais pas distribuer des équivalences toutes faites : un arbre égale la confiance, une rivière égale la vie, et trois cailloux suffiraient à régler les complications du monde. La nature mérite mieux. Les lecteurs aussi.
Spoutnik regarde autrement
Spoutnik occupe une place particulière dans cet univers.
Dans la vie quotidienne, il m’accompagne et attire mon attention sur ce que je néglige. Là où je vois un trajet, il trouve une quantité considérable de choses à examiner. Nous avons rarement la même estimation du temps nécessaire pour parcourir cent mètres.
Cette différence de regard m’intéresse lorsque je construis mes récits.
La présence d’un animal peut déplacer une scène. Un enfant qui peine à s’adresser à un adulte peut commencer par parler au chien. Un groupe absorbé par ses tensions peut interrompre quelques instants sa discussion pour observer ce qu’il fait.
Dans Spoutnik et Léa – Ensemble contre le harcèlement scolaire, je souhaite que cette présence ouvre des possibilités de rencontre. Spoutnik ne dispense pas les humains d’écouter, de comprendre ou d’agir. Il fait partie de l’histoire et des liens qui s’y construisent.
Garder la nature dans toute sa complexité
J’aime la nature, mais je ne souhaite pas en faire un décor où tout serait paisible et harmonieux.
Il y a aussi la chaleur, la boue, le vent qui contrarie une sortie, la branche qui casse. La lumière change. Un lieu familier devient différent selon la saison ou l’heure.
Cette réalité donne de la matière à l’écriture. Elle apporte des résistances, des imprévus, des contrastes.
Un personnage peut chercher un endroit tranquille et ne pas y trouver l’apaisement espéré. Il peut se sentir mieux un jour, moins bien le lendemain. Le paysage ne lui impose pas une émotion obligatoire.
Pour moi, cette liberté est précieuse. Je souhaite écrire des histoires dans lesquelles les enfants peuvent reconnaître des expériences nuancées, avec des moments agréables et d’autres qui restent difficiles.
Ce qui revient avec moi à la table d’écriture
Dehors, je recueille rarement une histoire complète. Je rapporte plutôt un détail : une manière de se déplacer, une couleur, un bruit, une sensation.
Plus tard, certains de ces éléments trouvent leur place dans un texte. D’autres disparaissent. Je peux garder la sensation d’un lieu tout en changeant sa forme, ou emprunter un détail observé pour donner davantage de présence à une scène inventée.
La nature nourrit ainsi mes récits par petites touches. Elle m’aide à préciser ce que les personnages perçoivent et à chercher des images qui laissent une place au lecteur.
Je continue d’y aller d’abord parce que j’en ai besoin et que j’aime cela. L’écriture suit parfois. Elle connaît maintenant le chemin.
Pour découvrir les histoires nourries par ces inspirations, retrouve mes livres et les aventures de Spoutnik. Tu peux également en apprendre davantage sur mon parcours d’auteur.











